Supplément

 

Sur une invitation de MPVITE en partenariat avec le HUB studio.
Visible du 16 juin au 30 septembre.

Bois, OSB, Peinture glycéro, production MPVITE.

 

Assumé que la peinture n’est pas une surface plate et peinte, que « la fin de la peinture est finie » [1], l’œuvre de Quentin Lefranc (France, 1987) ne concentre pas l’attention sur les limites du tableau, mais sur ses possibilités spatiales, d’hybridation et de composition. La question « est-il encore possible de peindre ? » a nourri le travail de nombreux artistes du siècle dernier. Depuis, plusieurs langages picturaux se sont développés et jouissent aujourd’hui d’une liberté totale à travers l’emploi de différents médiums et disciplines artistiques.

Sur une invitation de MPVite, et à l’occasion du Voyage à Nantes 2017, Quentin Lefranc réalise Supplément, une installa- tion site-specific, composée de plans peints et de châssis aux dimensions monumentales. Accrochée sur les quatre murs extérieurs d’un bunker, l’œuvre déclenche des ambiguïtés de genre et son statut oscille entre support et surface, peinture et architecture, ou encore, entre décor et élément structurel. Les anciennes définitions du tableau, conçu comme une fenêtre ouverte sur le monde et comme lieu de l’illusion séparé de la réalité, sont supplantées par une idée de peinture qui s’affirme dans le réel et se transforme elle-même en espace.

Dans Supplément, les fondements de la peinture, comme le panneau peint et le châssis, constituent le point de départ. Pourtant, dans le rapport que la peinture entretient avec l’architecture adjacente, l’origine picturale de ses composantes est compromise et elle devient, par instants, insaisissable. S’agit-il de parois, de cimaises ou de tableaux ? Même la couleur verte, créant des contrastes chromatiques entre l’œuvre et l’environnement urbain, soulève une nouvelle énigme sur sa propre fonction. Embellissement ? Séparation ?

Dans cette inversion entre espace intérieur et architecture externe, la lecture visuelle et circulaire du spectateur qui se déplace autour du monolithe, est continuellement dérangée par l’aspect équivoque qui naît de la superposition de ces deux strates : à chaque regard s’ajoute une nouvelle explication, un autre sens. Supplément est l’addition de toutes ces interprétations.

Claudia Buizza

 

[1] Yves-Alain Bois, 1986

Crédit Photo : Philippe Piron